La prière universelle

CE QUE L’ÉGLISE NOUS DEMANDE ...

Article rédigé par le père Renaud de la Soujeole

La Constitution sur la sainte Liturgie désigne cette prière par prière commune ou prière des fidèles, parce qu’elle est la prière de toute la communauté chrétienne rassemblée dans la célébration de la liturgie. Le texte conciliaire en donne aussi la finalité : « afin qu’avec la participation du peuple, on fasse des supplications pour la sainte Église, pour ceux qui détiennent l’autorité publique, pour ceux qui sont accablés par diverses nécessités, et pour tous les hommes et le salut du monde entier. »

Le peuple, exerçant sa fonction sacerdotale, adresse sa supplique pour tous les hommes ...

Il convient de réaliser que la prière universelle se différencie d’autres moments de prière dans la célébration liturgique : la préparation pénitentielle est une prière pour les pécheurs ici rassemblés qui se préparent à entrer dans l’Eucharistie, les intercessions à l’intérieur de la prière eucharistique sont des prières pour le Corps du Christ et son unité sans cesse recherchée par l’Eucharistie, les invocations du chant de la fraction du pain (Agneau de Dieu) sont les prières de ceux qui vont recevoir le pain rompu.
La prière universelle est le moment où chacun, dans l’assemblée liturgique, se décentre de lui-même, où l’assemblée liturgique toujours particulière se situe dans l’Église universelle et dans le monde. Par la prière universelle, chaque assemblée fait entrer dans sa prière tous ceux qui ne sont pas là.
« L’assemblée des fidèles prie normalement pour les besoins de toute l’Église et de la communauté locale, pour le salut du monde, pour tous ceux qui sont accablés par toutes sortes d’épreuves, pour certains groupes de personnes".

L’assemblée des fidèles prie à la lumière de la Parole de Dieu ...

La prière universelle fait partie de la liturgie de la Parole. Même si elle n’est pas absolument bâtie à partir des lectures du jour, elle ne doit pas apparaître comme un bloc à part, étranger à ce qui précède, mais au contraire répondre en quelque sorte à la Parole de Dieu. On ne peut rédiger l’ensemble des intentions sans tenir compte de l’Evangile qui sera proclamé juste avant, ni sans savoir sur quels points particuliers des lectures portera l’homélie. Il est donc normal que l’on fasse attention au contenu des lectures, qu’un contact soit pris avec le prêtre chargé de l’homélie. Il serait avantageux que le refrain de la prière universelle s’inspire du psaume responsorial.

LES TROIS ÉLÉMENTS QUI STRUCTURENT LA PRIÈRE UNIVERSELLE ...

La monition du célébrant ...

Tout le monde ne fait pas tout et n’importe quoi dans cette prière de tous les fidèles : c’est au prêtre célébrant d’introduire la prière par une brève monition où il invite brièvement les fidèles à la prière et leur en indique le sens propre et le rapport avec la liturgie du jour. La monition doit être brève. Par elle, le prêtre s’adresse aux fidèles dont il fait aussi partie, mais à cet instant présent, il ne s’adresse pas à Dieu.

Les intentions ...

Les intentions proposées par un ou plusieurs membres de la communauté sont lues à l’ambon.

La démarche de l’ensemble de ces intentions de prière est la suivante :

  • c’est le Corps du Christ qui a reçu mission d’annoncer au monde la Bonne Nouvelle de Jésus Christ. Aussi les chrétiens ne peuvent se rassembler sans demander à Dieu que l’Église, Corps du Christ, se construise et grandisse jusqu’à la pleine stature de celui qui en est la tête et le Seigneur ;
  • mais le Corps du Christ est solidaire du monde et il ne peut s’en désintéresser dans sa prière. Et cela d’autant plus que le monde est le lieu même où doit se poursuivre l’œuvre de Rédemption et de Salut ;
  • tout ce qui est pauvreté doit devenir accueil de Dieu, tout ce qui est ténèbres doit être transfiguré par la lumière du Christ ;
  • et la communauté rassemblée pour chaque Eucharistie ne peut se soustraire à la mission qui lui incombe ; c’est pourquoi elle prie aussi pour sa propre conversion et pour que la force et la lumière lui soient données.

Nous prions donc pour :

  • les nécessités de l’Église universelle, le Pape, les évêques et toutes les catégories de fidèles, pour les missions, l’unité, les vocations, la liberté religieuse, etc.
  • les affaires publiques et le salut du monde, le gouvernement (pourquoi pas des noms propres de temps à autre ?), la paix, la justice sociale, l’ordre et le bien-être matériel, etc.
  • ceux qui souffrent (pauvreté, maladie, chômage, persécution, exil, prison), pour les absents, les agonisants, ceux qui sont accablés par le travail, etc.
  • la communauté locale (présents et absents), c’est à dire pour tous les événements et éléments qui concernent la vie commune (baptême, confirmation, profession de foi, mariage, ordination), pour ses défunts en général et tous ses membres vivants, etc.

L’assemblée s’adresse à Dieu, Jésus Christ ou l’Esprit en exprimant sa supplication, soit par une invocation commune, soit par une prière silencieuse. C’est le moment de la prière universelle proprement dite.

La prière conclusive ...

Le dernier élément est la prière conclusive dite par le célébrant. Cette monition rassemble les intentions de l’assemblée et les présente au Père dans une oraison. Ce n’est pas pour reprendre la parole après les autres, mais pour regrouper toutes les intentions formulées et demander qu’elles soient entendues de Dieu et exaucées, en s’adressant directement à lui.

COMMENT RÉDIGER LES INTENTIONS ...

Pour se préparer à la rédaction des intentions de prière universelle ...

Se mettre à l’écoute de la Parole de Dieu proposée par la liturgie.
S’interroger sur la façon dont on reçoit cette Parole et la conversion qu’elle suppose.
S’interroger sur les personnes pour lesquelles on souhaite prier à la lumière de la Parole de Dieu et à l’écoute de la vie du monde.
Et rappelons-nous qu’il est mieux de prier pour des personnes plutôt que pour des idées.

Ecrire les intentions ...

Les intentions doivent être :

  •  adaptées à l’assemblée présente,
  •  brèves, pour être mémorisées par l’assemblée et nourrir sa prière pendant le temps qui suit, avec des mots simples et un langage percutant,
  •  adressées par le refrain à un même destinataire (le Père, le Fils ou le Saint-Esprit).

Les intentions doivent être des supplications vraiment universelles, pour cela, éviter de prier à chaque intention « pour que nous... afin que... », mais préférer des formulations du type « prions pour..., ou avec..., prions pour ceux... » qui invitent l’assemblée à se décentrer d’elle-même.

Elles doivent faire naître la prière de l’assemblée selon les intentions proposées.

Elles doivent être composées de manière libre et réfléchie. Réfléchie, en tenant compte de ce que fait habituellement l’Église. Réfléchie, en tenant compte de toute la liturgie de la Parole qui a précédé. Réfléchie, en tenant compte de ce qui intéresse et l’Église dans le monde, et le monde où est immergée l’Église de ce temps. Réfléchie, en se demandant si telle expression à laquelle tient le rédacteur convient bien à l’assemblée qui va la recevoir...

Les formulations trop vagues ou extérieures (les guerres..) sont à éviter.

Le refrain choisi doit être adapté avec le corps de la prière, chanté ou non, bref et suppliant.

Que l’on fasse des supplications ...

La forme générale de la prière universelle est la supplication et non point la bénédiction ou l’action de grâce, qui ont leur place ailleurs dans la liturgie. Et l’on sait que, selon les recommandations que Saint Paul (1 Timothée 2, 1-2) fait « avant tout » à Timothée, son « véritable enfant dans la foi », il y a une organisation de ces supplications pour qu’elles soient vraiment universelles. Il s’agit de prier pour les besoins de l’Église, pour les dirigeants des affaires publiques et le salut du monde entier, pour tous ceux qui sont accablés par une difficulté, pour la communauté locale.

Sous la direction du prêtre ...

Les intentions ne sont habituellement pas adressées au Père, comme le seraient des prières. Ou quand elles le sont : « Nous te prions, Seigneur, pour... », c’est seulement pour amorcer et conduire la prière de l’assemblée, donner une orientation en lui suggérant les premiers mots.

C’est toute l’assemblée qui exprime sa supplication, soit par un refrain, une invocation commune à la suite des intentions, soit par une prière silencieuse. C’est à moment-là que l’assemblée s’adresse à Dieu, Jésus ou l’Esprit.

La forme courante ...

Plusieurs formes sont actuellement d’usage courant :

  • Prions pour N. et N. ... + Refrain ...
  • Prions pour N .... afin que .... + Refrain ...
  •  Aujourd’hui, dans l’Église ... nous ... ; prions pour ... afin que ... et que ... etc. + Refrain ...

Les formes brèves, plus concises, moins bavardes, sont les meilleures. Il est préférable que toutes les demandes soient de même structure et de longueur à peu près égale afin que l’attention de l’assemblée en soit facilitée.

Ce que les intentions de prière sont ou ne sont pas ...

Les intentions ne doivent pas être des additions à l’homélie, ni de nouveaux commentaires de l’Écriture, ni des confessions de foi de tel ou tel groupe, ni des considérations particulières sur tel ou tel aspect de la société, ni des explications données à Dieu sur ce qu’il devrait faire. L’Église demande de prier essentiellement pour des personnes, non pour des abstractions, ou des thèmes.

La prière universelle n’est pas l’occasion de faire la morale, ni un exutoire pour se décharger des problèmes du monde et à l’occasion, rappeler à Dieu ce qu’il a à faire ! Car la prière s’adresse à Dieu, non à l’assemblée !

Les intentions de la prière universelle n’ont pas à évoquer des idées. Il s’agit de prier pour des personnes ou des groupes.

Il faut éviter de :

  • présenter Dieu comme le réparateur de pots cassés ou le Père Noël distributeur
  • s’attacher uniquement dans l’actualité aux événements extraordinaires : le quotidien de l’Homme est fait de beaucoup de choses simples
  • faire de notre prière une continuelle lamentation déprimante : il s’agit de prier non seulement pour ce qui ne va pas, mais aussi pour que s’accomplissent dans le Christ les projets des hommes.

De précieux conseils ...

Les prières universelles des livrets de prières, c’est bien, mais préparées par un membre de la communauté pour ses membres, c’est mieux !
Dieu ne fait pas le travail à notre place, il est avec nous.

L’étape de validation ...

Une fois la prière rédigée, il est bon de se poser la question de ce qui rallonge inutilement les invocations et qui doit être supprimé.
On doit aussi et toujours se poser la question : ce qui est préparé est-il vraiment universel ?
Il faut aussi veiller à ce que la prière universelle soit unifiée :

  • la monition du prêtre, la supplication, l’oraison conclusive sont-elles tournées vers la même personne invoquée ?
  • l’invocation de l’assemblée est-elle bien suppliante ?
  • l’équilibre de l’ensemble va-t-il permettre que le fruit de la liturgie de la Parole, achevé en lui-même, puisse passer plus pleinement dans la liturgie eucharistique ?

Tel est l’enjeu de la prière universelle, à l’articulation de la Parole et de l’Eucharistie.
Enfin, il est souhaitable que le rédacteur soumette son texte au prêtre pour une validation éventuelle.

LA PRIÈRE UNIVERSELLE PENDANT LA MESSE ...

Confier à l’avance la prière à celui qui dira les intentions, afin qu’il s’y prépare. Les intentions doivent susciter la prière avant tout.
Les intentions sont lues normalement à l’ambon : le ou les lecteurs s’avancent avant la prière et y restent jusqu’au Amen qui suit la prière conclusive.
Ménager un silence suffisant après chaque intention précédant le refrain, pour permettre l’intériorisation par l’assemblée de l’intention qui vient d’être lue.
L’attitude priante de chacun, prêtre, lecteur, animateur de chant, servants d’autel, etc. est aussi une invitation à la prière pour toute l’assemblée.